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La mission du 17 Juin 1944

Le 17 Juin 1944, deux squadrons du 367ème FG, composés de 12 P-38 du 393ème FS et 17 P-38 du 392ème FS, participent à une mission ayant pour objectif l'attaque d'une gare de triage d'Epernon.

L'attaque allemande

Vers 14H30, le 393ème FS, volant à 1000 mètres d'altitude, est surpris dans le secteur Dreux-Evreux par 8 Me-109 qui effectuent une première passe très rapide avant de disparaître dans la couche de nuages. Les P-38 américains,très surpris, n'ont pas le temps de se débarrasser de leurs bombes avant la fin de la première attaque. Même après avoir largué leurs bombes, les pilotes américains (dont plusieurs sont des remplaçants peu expérimentés) ont du mal à se regrouper.

 Lors de cette première passe, le P-38 (Nr 42-104079) piloté par le Lieutenant George S. WHITE (matricule 0-756530) est mortellement touché et s'écrase en flammes lors du même combat, près de Nonancourt. Le pilote âgé de 22 ans périt dans l'appareil qu'il pilotait exceptionnellement puisque ce dernier était la mouture habituelle d'un autre pilote, EARL ODY. Le P-38 crashé portait le nom de " Lucky" alors que l'appareil attitré au Lt WHITE portait le surnom de "Mickey Fine" (le surnom donné à son épouse était "Mickey".

Lt George WHITE

P-38 du Lt WHITE

Apparemment plus expérimentés et agressifs, les Allemands répètent leur attaque et s'en suit une mêlée confuse. Le leader du 393ème FS, le Capitaine GRIFFIN poursuit un Me-109, en rase-motte, au niveau des arbres. L'allemand est en perte de vitesse et s'écrase.

Le P-38 J (Nr 42-58060) piloté par le Lt Earl PETERS (matricule: 0-756683) abat également un autre Me-109. Toutefois, ce dernier ne vivra pas assez longtemps pour savourer sa victoire puisqu'il est lui-même abattu par un autre Me-109, quelques secondes plus tard. Son appareil s'écrasa à Dampierre-sur-Blévy et le pilote trouva la mort.

Lt EARL L. PETER

En position de couverture, les 17 P-38 du 392ème FS rentre dans le combat et le Lieutenant Richard GARLAND descend un Me-109 tandis que le Lt Frank LEPPIN en endommage un autre.

Le Lt Henry GILLESPIE (matricule 0-756538) qui se trouvait à 2.500 mètres en position de couverture, pique et vient se mêler au combat mais il est aussitôt abattu. Les autres pilotes rapportèrent qu'ils le virent pour la dernière fois avec un de ses moteurs dégageant une épaisse fumée noire. Il disparut à leur vue et nul le vit tomber. En réalité, il trouva la mort en s'écrasant également à Dampierre-sur-Blévy. Son P-38 portait le N° de Série 42-104180.

Lt Henry GILLESPIE

Lt GILLESPIE et son P-38

Les corps des Lt PETERS et GILLESPIE furent ramenés à l'église de Dampierre-sur-Blévy par les habitants et ils furent inhumés sur place l'un à coté de l'autre dans le cimetière communal.

Les deux tombes fleuries du Lt PETERS et GILLESPIE au cimetière communal de Maillebois.

De retour à la base, les pilotes revendiquèrent trois appareils allemands abattus. C'était pour le 367ème FG sa première grande bataille et il en fut tiré deux leçons: La première est que le groupe pouvait se mesurer à des pilotes allemands chevronnés, la seconde est qu'il y avait encore beaucoup de progrès à faire. Trois hommes perdus dans cette action était un énorme prix à payer pour seulement trois avions ennemis détruits.

Cependant, 5 jours plus tard, le 367ème FG subira une nouvelle et douloureuse défaite au dessus de Cherbourg, perdant six P-38.

Désormais, les corps des Lt PETERS et GILLESPIE reposent au cimetière militaire américain de St-Laurent-Sur-Mer (Plot C, Row 9, Grave 46 et Plot C, Row 22, Grave 32).

Le témoignage d'un civil français

Témoignage de M. Jean-Claude QUESNAY (extrait de "La Luftwaffe face au débarquement allié" de M. FRAPPE): "Ce 17 Juin, j'étais avec mon père sur une exploitation forestière à Maillebois. Nous étions en train de payer les bûcherons qui abattaient le bois de chauffage destiné aux paysans des environs, lorsque vers 14H00, un combat aérien s'engagea au-dessus de nos têtes, en mettant aux prises des P-38 américains et un chasseur allemand. Les balles ne tardèrent pas à siffler et nous nous sommes cachés avec mon père le long des stères de bois. Cela a duré environ 5 minutes au cours desquelles nous avons vu tomber un des P-38 à quelques centaines de mètres de notre bois, avant de voir une explosion puis de la fumée en direction du village. Pendant ce temps, le combat continuait. L'avion allemand, plus maniable se faufilait entre les P-38. C'est alors qu'un deuxième avion américain est tombé, presque sur nous, à environ deux cents mètres. S'ensuivit une formidable explosion, puis un immense brasier. L'Allemand avait été également touché et descendait avec son avion qui fumait: il alla se poser dans la plaine, au-delà de notre bois".

 

La version allemande

Les archives allemandes confirment les circonstances de cet important combat aérien entre Dreux, Nonancourt et Chateauneuf-en-Thimerais.

En effet, le 17 Juin 1944, à 14H30, les Me-109 du III./JG3 basés à Marcilly-la-Campagne et Francheville (entre Nonancourt et Evreux) décollèrent pour une mission de chasse libre vers Carentan et Isigny.

Peu après leur décollage, les Me-109 du 7./JG3 affrontèrent des "deux queux" revendiquant trois victoires entre 14H35 et 14H40: l'Uffz Georg KÜPP (au Sud de Laons/Dreux), le Gehr. Paul WATZLAWIK (à 5 Km au Sud de Damville) et le Fw. Nobert GEYER (au Nord de Brezolles) obtinrent chacun une victoire.

De leur coté, deux pertes furent signalées dont le Hptm. Ulrich BENSCH qui ctrouva la mort en tentant de poser son Bf-109 G6 (Code "Chevron 1", N° de série: 4114408) vers Châteauneuf-en-Thymerais.

A noter que le Fw. Nobert GEYER trouvera à son tour la mort le 02 juillet suivant en Allemagne avec un palmarès de 7 victoires.

 

L'inhumation du Lt WHITE

Atrocement brûlé, dans son avion totalement dévasté, sans aucun signe d'identié, il est enterré à la hâte par deux témoins du crash ( M. Joseph GLE et Mme PHILIPPE) qui, ensuite éloigneront les Allemands du lieu de l'accident et de la tombe de fortune.

Le 26 Juin 1944, le corps de l'aviateur est transféré au cimetière de Dampierre-sur-Avre, sous une stèle du "soldat américain inconnu".

Après la libération de la région, les troupes américaines déplaceront à nouveau son corps au cimetière de Saint-André-de-l'Eure où il reposera jusqu'en 1949, date à laquelle sa dépouille rejoint ses camarades d'armes, sous la bannière américaine de la grande nécropole de St-Laurent-sur-Mer (Plot C, Row 22, Grave 32).

 Entre temps, en 1948, les investigateurs de l'armée américaine retrouvent les numéros de série des mitrailleuses de l'appareil du Lieutenant inconnu. Comparée aux registres, l'identité de l'aviateur apparaît: la mémoire de George S. WHITE sort du néant.

Menant ses recherches sur les lieux du crash, M. Jean-Luxc GRUSON retrouva de nombreux morceaux du P-387 "Mickey Fine" et en envoya quelques uns à Howards WHITE, le frère de l'aviateur.

En 1995, grâce au travail effectué par l'Association Forced Landing, l'épouse du Lt George WHITE, Myriam CONNELY (remariée après la guerre) put se recueillir sur les lieux du crash où l'aviateur perdit la vie.

Myriam CONNELY et J.L. GRUSON en 1995

Une plaque commémorative fut inaugurée le 18 Juin 2004 à Dampierre-sur-Avre en la mémoire du Lt George WHITE. Myriam CONNELY et de nombreuses personnalités locales y étaient présentes.

A noter que toutes les photos appartiennent à la Collection privée de Jean-Luc GRUSON.

L'hommage du 7 Juillet 2018

Le 07 Juillet 2018, une cérémonie fut organisée avec les Communes de Maillebois/Dampierre-sur-Blévy et l'Association FORCED LANDING afin d'inaugurer une plaque commémorative en mémoire aux Lt Henry T. GILLESPIE et Lt Earl PETERS, abattus tous deux à Dampierre-sur-Blévy lors de cette mission du 17 Juin 1944.

La famille PETERS nous fit l'honneur de sa présence en venant spécialement des Etats-Unis. La chorale locale, la fanfare, les élus, les anciens combattant, une délégation militaire de Favières et le passage d'un avion de l'aéroclub de Dreux donnèrent des couleurs à cet évènement. L'émotion fut forte lorsqu'Earl PETERS (neveu portant le même nom que le pilote) put arpenter les lieux où son oncle perdit la vie 74 ans auparavant.

 

 

 Pour plus de détail, merci de nous contacter

(L'association vend notamment des brochures retraçant en détails cet évènement)

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